𝐋𝐞𝐬 « 𝐟𝐫𝐮𝐬𝐭𝐫𝐞́𝐬 » 𝐝𝐮 𝐑𝐏𝐆, 𝐮𝐧 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚̀ 𝐝𝐞́𝐬𝐚𝐦𝐨𝐫𝐜𝐞𝐫.( Par Kaba 1er)

La Coordination nationale des « frustrés » du RPG/Arc-en-ciel vient de frapper à la porte du CNRD, brandissant son statut de victime comme un sésame pour accéder aux prébendes du pouvoir. Derrière cette démarche, se cache une équation politique aussi risquée qu’illusoire : croire que des individus qui se revendiquent « oubliés » par un Ancien Régime puissent constituer un vivier loyal pour le nouveau. En réalité, cette coordination incarne moins une force de proposition qu’un fardeau annoncé, une bombe à retardement dont le CNRD devrait se méfier.

𝐃𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐞́𝐦𝐚𝐧𝐝𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐞𝐧 𝐬𝐞́𝐫𝐢𝐞, 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐛𝐚̂𝐭𝐢𝐬𝐬𝐞𝐮𝐫𝐬

Le terme « 𝐟𝐫𝐮𝐬𝐭𝐫𝐞́𝐬 », hérité de l’ère sarcastique d’un ancien pouvoir, révèle une vérité crue : ces acteurs ne sont mus que par l’appât d’une récompense. Leur frustration n’est pas née d’un idéal trahi ou d’une injustice structurelle, mais d’une exclusion personnelle du « partage des strapontins ». Leur revendication se résume à une demande de compensation, non à une vision politique. Les accueillir, c’est ouvrir la boîte de Pandore des requêtes individuelles, où chaque insatisfait réclame sa part, menaçant ainsi l’équilibre déjà fragile d’un régime en construction.

Or, le CNRD, porteur d’un discours de rupture et de renouveau, peut-il se permettre de légitimer une logique de marchandage clientéliste ? En intégrant ces « frustrés », il risquerait de reproduire les travers de l’ancien système, où les postes se monnayaient en échange de loyautés éphémères. Pis encore, il enverrait un signal dangereux : la réussite politique ne dépendrait pas du mérite ou de l’engagement collectif, mais de la capacité à se constituer en groupe de pression.

𝐔𝐧𝐞 𝐥𝐨𝐲𝐚𝐮𝐭𝐞́ 𝐜𝐨𝐧𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞, 𝐮𝐧 𝐫𝐢𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭.
L’autre écueil est celui de la durabilité. Ces « frustrés », par définition, aspirent à être « défrustrés » au plus vite. Leur soutien au CNRD sera donc strictement conditionnel : tant que des postes, des contrats ou des avantages leur seront accordés. Mais à la première déception, ils n’hésiteront pas à brandir à nouveau leur statut de victimes, cette fois contre le régime qu’ils prétendaient soutenir. Hier, opposants au RPG, ils pourraient demain se muer en détracteurs du CNRD, alimentant une instabilité chronique.

La référence biblique aux « brebis perdues » évoquée dans l’article est d’ailleurs trompeuse : ici, il ne s’agit pas de brebis cherchant un berger, mais de convives exigeant une place à table. Le défi pour Alhoussein Makanéra Kaké n’est pas de « rassembler », mais de discipliner des appétits individuels sous couvert d’unité. Une mission quasi impossible, tant les egos et les attentes divergent.

𝐋𝐞 𝐂𝐍𝐑𝐃 𝐟𝐚𝐜𝐞 𝐚̀ 𝐬𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐚𝐝𝐨𝐱𝐞
En acceptant ce dialogue, le CNRD prend le risque de se discréditer. D’un côté, il se présente comme l’incarnation d’une révolution contre les pratiques du passé ; de l’autre, il pactiserait avec des acteurs incarnant ces mêmes pratiques. Cette contradiction pourrait éroder sa crédibilité auprès d’une population lasse des combines politiciennes et aspirant à une gouvernance transparente.

La vraie question est donc : quel projet politique le CNRD, souhaite-t-il défendre ? S’il choisit la facilité en courtisant les « frustrés », il se condamne à gérer des crises de légitimité récurrentes. S’il assume une fermeté pragmatique, en privilégiant les compétences et l’intérêt général sur les revendications corporatistes, il pourra peut-être incarner la rupture promise.

𝐑𝐞𝐟𝐮𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐩𝐢𝐞̀𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞-𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐚𝐜𝐥𝐞
Les « frustrés » du RPG ne sont ni une force d’opposition crédible ni un relais utile. Leur intégration au jeu politique actuel ne ferait qu’enraciner une culture de la plainte rentable, où chaque groupe menace de se radicaliser faute de gratification immédiate. Le CNRD a mieux à faire que de jouer les arbitres dans une lutte pour des strapontins : son rôle est de construire des institutions fortes, capables de résister aux sirènes de l’opportunisme.

La véritable valeur ajoutée ne viendra pas de ceux qui réclament une place, mais de ceux qui œuvrent à bâtir la table. À l’heure des choix, le régime doit trancher : sera-t-il le gardien des privilèges ou l’architecte d’un nouvel ordre ?

Kaba 1er
Natif de kankan