La tribune de l’Honorable Hamidou Camara, intitulée « Non, un billet de 50 000 GNF ne crée pas de l’inflation », repose sur une théorie monétaire abstraite et détachée des réalités socio-économiques de la Guinée.
S’il a raison sur un point strictement académique ( la valeur faciale d’un billet n’augmente pas mécaniquement la masse monétaire), son analyse ignore volontairement les effets pervers que cette mesure entraînerait dans notre pays.
POURQUOI IL FAUT S’Y OPPOSER FERMEMENT ? Parce que :
1. UN EFFET PSYCHOLOGIQUE QUI DEVIENT ECONOMIQUE
Il admet lui-même un « effet psychologique », mais le minimise comme s’il était sans conséquence.
En économie, la perception façonne la réalité.
L’arrivée d’un billet de 50 000 ou 100 000 GNF enverrait un signal fort à la population : la monnaie se déprécie, les prix vont exploser.
Cette peur, dans un contexte déjà marqué par la défiance et l’inflation, déclencherait des comportaments néfastes :
– Ruée sur les produits de première nécessité, accélérant une inflation par la demande.
– Dépréciation accélérée du GNF sur le marché parallèle, car les acteurs perdraient confiance dans sa stabilité.
– Déclenchement d’une spirale prix-salaires si les syndicats réclament des ajustements en réaction à cette perception de dépréciation.
2- UN OUTIL QUI FACILITE LA CORRUPTION, LA FRAUDE ET L’ÉCONOMIE INFORMELLE
L’argument de la « logistique » est fallacieux.
Faciliter le transport de grosses sommes en cash est précisément le problème dans un pays où la transparence et la traçabilité des transactions font défaut.
Une telle coupure :
– Faciliterait la corruption à grande échelle (pots-de-vin, détournements).
– Rendrait plus aisé le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale heureusement le CENTIF est déjà dans notre pays car j’avais participé à son premier séminaire à l’hôtel Mariador à Taouyah .
– Nuirait à l’inclusion financière en encourageant la thésaurisation de billets hors du système bancaire, au détriment du crédit aux PME et aux citoyens.
3. UNE COMPARAISON AVEC L’EUROPE OU L’UEMOA EST INAPPROPRIÉE ET MALHONNÊTE
Comparer le GNF à l’Euro ou au Franc CFA est UNE TROMPERIE INTELLECTUELLE.
– La confiance dans la monnaie : L’Euro et le FCFA bénéficient d’une crédibilité institutionnelle et d’une stabilité des prix que le GNF n’a pas.
Leur utilisation de grosses coupures se fait dans un écosystème de paiement diversifié (carte, virement) où le cash est marginal.
– Le pouvoir d’achat : Prétendre que 50 000 GNF (environ 5€) est une « petite coupure » est cynique.
Pour la majorité des Guinéens vivant avec moins de 20 000 GNF par jour, ce billet représente plusieurs jours de survie.
Son introduction officialiserait et acterait symboliquement l’effondrement du pouvoir d’achat.
· La priorité n’est pas de faciliter la vie de ceux qui manipulent des millions, mais d’assurer que les citoyens ordinaires aient accès aux billets de 5 , 10, 20, 50, 100, 200, 500, 1 000, 2 000 et 5 000 GNF pour leurs achats quotidiens sans subir la « pénurie organisée » de petites coupures qui force à arrondir les prix à la hausse.
· La modernisation passe par la promotion du mobile banking et des paiements électroniques, pas par l’impression de billets toujours plus grands.
En somme ,c’est une mesure élitiste et dangereuse. Cette tribune défend un projet qui sert les intérêts d’une minorité (corrupteurs, fraudeurs, spéculateurs) au détriment de l’immense majorité des Guinéens.
Sous couvert de « rigueur économique », elle propose une mesure qui aggraverait les inégalités, saperait la confiance déjà fragile dans la monnaie nationale et rendrait la vie quotidienne encore plus difficile.
La question n’est pas technique, elle est éthique et politique.
Nous disons NON aux grosses coupures qui symbolisent l’aggravation de la crise et OUI à une politique monétaire axée sur la stabilité des prix, l’accès aux petites coupures et l’inclusion financière réelle.
Ne laissons pas des « pseudos-économistes », indifférents aux souffrances du peuple, agenouiller un peu plus notre pays avec des théories hors-sol.
L’avenir du Franc guinéen se construit avec le peuple, pas contre lui.
Alseny Sylla « Albert Einstein » Ancien Étudiant de la Haute École de Commerce ( HEC ) de l’Université de Lausanne.
Primature de la République de Guinée
Président Mamadi Doumbouya
Présidence de la République de Guinée
Pris sur la page Facebook d’Emergence
